Chez EDF, il n’y a pas que les tuyaux des réacteurs qui sont corrodés. La mémoire de l’entreprise paraît, elle aussi, mangée par la rouille. Depuis le mois de décembre 2021, les dirigeants de l’électricien ne cessent ainsi de jouer l’étonnement quand ils évoquent le problème de corrosion sous contrainte découvert l’été dernier sur une partie de tuyauterie du circuit primaire des réacteurs de Civaux. Problème qui concerne maintenant 12 des 56 réacteurs en exploitation et menace l’alimentation du pays en électricité l’hiver prochain. Interrogé à ce sujet par Reporterre, EDF affirme ainsi que « le phénomène de corrosion sous contrainte détecté par EDF sur des portions de tuyauterie d’un circuit auxiliaire du circuit primaire du réacteur de Civaux 1, lors de la réalisation de contrôles programmés, est inédit sur un circuit auxiliaire du circuit primaire ».
Le problème, c’est qu’au sein du complexe nucléaire tricolore, le discours n’est pas tout à fait le même. Interrogé sur cette même question, l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) nous répond avoir recensé « 150 cas [de corrosion sous contrainte] entre 1983 et 2007 », tout en relativisant l’ampleur du problème en indiquant que « c’est relativement rare ». C’est certes « rare » selon les canons de la profession, mais cela existe. Ce n’est donc pas « inédit », comme le prétend l’électricien.
Un problème connu depuis… 1984
C’est d’autant moins « inédit » que, dans le passé, la corrosion sous contrainte des aciers inoxydables de tuyauteries du circuit primaire a déjà frappé chez… EDF ! Le premier cas recensé dans un réacteur français par la littérature scientifique date en effet de 1984 et concerne le circuit RIS (injection de sécurité) du réacteur 3 de la centrale du Bugey dans l’Ain. Le même circuit que celui qu’EDF examine à la loupe (en fait aux ultrasons) depuis la « découverte » du problème à la centrale de Civaux durant l’été dernier…
Le réacteur 3 de la centrale du Bugey, dont la construction a débuté en 1973, a été raccordé au réseau électrique en 1979. C’est dire que la découverte de ce problème de corrosion sous contrainte en 1984 sur une installation aussi jeune a dû constituer, à l’époque, une réelle surprise, même si les scientifiques savaient déjà que les aciers inoxydables utilisés dans l’industrie nucléaire pouvaient être sensibles à la corrosion sous contrainte dans certaines conditions.
« Un…
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Auteur: Reporterre

