Couper l’aide au développement au nom de l’intérêt national : le paradoxe des pays donateurs


L’ESSENTIEL

  • Les crédits consacrés à l’aide publique au développement (APD) ne cessent de baisser, sur fond d’accusations d’inefficacité et de gaspillage d’argent public.

  • Pourtant, les recherches montrent que l’APD sert aussi les intérêts économiques et géopolitiques des donateurs, parfois au détriment de l’objectif initial.

  • Un choix s’offre aujourd’hui aux pays donateurs : assumer que leur « aide » vise avant tout leur propre bénéfice ou renforcer les contrôles et les règles qui l’encadrent afin de lutter plus efficacement contre la pauvreté.


Depuis le 13 octobre, les députés examinent en séance publique le projet de loi de finances (PLF) pour 2027. Celui-ci prévoit une nouvelle baisse des crédits de la mission « Aide publique au développement » (APD), la sixième consécutive depuis février 2024.

La France n’est pas un cas isolé. Les données du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE montrent la même tendance chez d’autres grands donateurs, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni ou le Japon. Aux États-Unis, les coupes massives décidées au début du second mandat Trump n’apparaissent encore que partiellement dans ces statistiques, mais leurs effets se font déjà sentir dans les pays bénéficiaires, notamment dans le secteur de la santé.

Le contexte budgétaire de certains pays donateurs est certes tendu, mais ces coupes pèsent peu face à l’enjeu de leur dette. En France, les crédits de la mission APD ont été divisés par deux en trois ans. Ils ne représenteraient plus que 0,18 % des dépenses publiques totales en 2027, contre 0,40 % en 2024. La baisse de 400 millions d’euros prévue pour 2027 représente moins de 1 % (environ 0,7 %) de l’effort budgétaire de 54 milliards d’euros annoncé par le gouvernement pour 2027.

Or ces coupes entament sérieusement l’effort de solidarité internationale. En 1970, les pays riches s’étaient engagés, à travers…

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Auteur: Marin Ferry, Maître de conférences à l’Université Gustave Eiffel, membre de l’ERUDITE et chercheur associé à l’UMR LEDa (Université Paris-Dauphine, IRD, CNRS, DIAL)., Institut de recherche pour le développement (IRD)