De nombreux gouvernements africains ont restreint l’accès aux réseaux sociaux lors de récentes tensions politiques ou sociales. Présentées comme des mesures de sécurité, ces décisions soulèvent la question de l’apaisement face à une crise par la suspension des espaces numériques où elle s’exprime.
Le 24 octobre 2026, le Gabon annonçait le rétablissement de plusieurs réseaux sociaux après plus de huit mois de suspension. Décidée en février dernier par la Haute autorité de la communication au nom de la sécurité nationale et de la stabilité institutionnelle, cette mesure avait notamment affecté Facebook, TikTok et YouTube. Sa levée intervient alors que les autorités renforcent par ailleurs la réglementation des usages numériques.
L’épisode pose une question qui dépasse le Gabon. Les réseaux sociaux facilitent la circulation des revendications, amplifient parfois les tensions et peuvent servir à diffuser des appels à la violence. Mais ils permettent aussi de s’informer, de documenter des événements et de discuter de l’action publique.
Les interrompre revient-il à réduire la crise, ou seulement à en modifier la visibilité ?
Chercheur en sciences de l’information et de la communication, je suis spécialiste des dynamiques informationnelles en situation de crise. À travers cette analyse, j’interroge l’efficacité des restrictions numériques en tant qu’instruments de gestion des crises sociales et politiques.
Une réponse qui dépasse l’Afrique
Au Sénégal, en 2023, l’accès à plusieurs plateformes, puis à Internet mobile, a été restreint lors de manifestations.
Au Mozambique, des restrictions similaires ont accompagné les contestations postélectorales de 2024.
En Tanzanie, Internet a été interrompu pendant plusieurs jours lors des élections d’octobre 2025 et des manifestations qui ont suivi.
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Auteur: Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel
