La 5e édition du Forum mondial Normandie pour la paix consacre l’un de ses nombreux débats aux convoitises que l’espace suscite au niveau des États, mais aussi des acteurs privés du spatial.
La question centrale liée à cette problématique fondamentale peut être formulée ainsi : l’humanité peut-elle bénéficier des atouts de l’espace sans céder à une concurrence agressive qui remettrait en cause le principe d’« activité spatiale pacifique » (tel que décrit dans le Traité de 1967 sur l’espace) et conduirait à la tentation d’un usage de la force (selon la définition de l’Art. 2(4) de la Charte des Nations unies) ?
Neutralité de l’espace : de quoi parle-t-on ?
La notion de « convoitise » dans l’espace renvoie instinctivement à celle de la « neutralité » des activités dans ce milieu. Mais l’emploi du terme de « neutralité de l’espace » est juridiquement sujet à caution. En effet, en droit international, la notion de « neutralité » est exclusivement employée lors d’un conflit armé pour évoquer le statut d’un État ou d’un acteur non étatique bénéficiant d’une personnalité juridique. Ce statut personnifié ne s’applique donc pas à un milieu.
La formule « neutralité de l’espace » ne renvoie donc pas à une neutralité au sens juridique (Convention V de la Haye, 18 oct. 1907), mais plutôt à une neutralité au sens commun du terme, désignant une condition ou une position intermédiaire entre deux postures.
Dans ce cas, il s’agirait d’une position médiane dans le spectre des situations de paix et de conflit dans l’espace. Si nous retenons cette définition, force est de constater que, depuis que l’humain y a accès, l’espace n’a jamais été facteur de neutralité.
De fait, les humains y ont créé des services – militaires et civils – qui ont été facteurs de domination stratégique, scientifique ou commerciale. Leurs comportements ont engendré, volontairement ou non, un déséquilibre qui s’oppose à la neutralité. Un exemple intéressant est celui des astronautes. Ils ont toujours été considérés comme des personnes « envoyées pour l’Humanité » qui permettent de poursuivre des expériences scientifiques, au bénéfice des êtres humains restés sur Terre et, peut-être, demain de ceux qui voyageront dans le système solaire voire au-delà. Mais en réalité, ils ont toujours d’abord défendu le drapeau de leur pays et ont pris part à une course à l’espace particulièrement vive. Or, existe-t-il une course sans convoitise ?
Ainsi, les Jeux olympiques, porteurs symboliques de paix, sont-ils neutres et dépourvus de convoitise ? En fait, cette volonté humaine, voire ce besoin, d’aller toujours plus haut, toujours plus loin, de conquérir un monde inconnu et a priori inaccessible, n’a jamais cessé. Certains ont pu s’en convaincre en observant le ciel une nuit d’été 2022 en pleine montagne,…
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Auteur: Chloé Duffort, Doctorante, Chaire Défense & Aérospatial, Sciences Po Bordeaux

