Dix jours : c’est le temps qu’il a fallu au premier voilier de la Route du café pour rejoindre Fort-de-France depuis le Havre. Là où, dans les années 1970, trois semaines de navigation étaient nécessaires. En près de six décennies, la mer s’est rétrécie : les bateaux volent, les marins calculent, et le vent n’est plus un compagnon, mais un algorithme. Le premier voilier de la transat Café L’Or 2025, un trimaran (trois flotteurs) de plus de trente mètres de haut et de large, naviguait autour des 60 km/h ses dernières 24 heures de course.
La mer ne se touche plus, elle se consulte sur un écran.
La course au large est à présent une machine complexe où la poésie de l’aventure côtoie la tyrannie de la performance. Les voiliers modernes sont technologiquement sophistiqués, construits avec des matériaux issus de la pétrochimie – carbone, kevlar, résines – dont la production est polluante, comme leur fin de vie.
Pour gagner quelques nœuds, les « foils » se sont généralisés : ce sont des ailes fixées sous la coque lesquelles, avec la vitesse, créent une portance et soulèvent tout ou partie du bateau hors de l’eau. Les cockpits se referment et isolent les skippers du vent et des embruns. La mer ne se touche plus, elle se consulte sur un écran. Ils peuvent vivre plusieurs mois dans un espace optimisé, une boîte souvent saturée d’un tumultueux vacarme.
Marin ingénieur
Les skippers sont en état de tension permanente, parfois plusieurs mois. Plus le bateau est complexe et plus ses aléas le sont. Ceux qui ne savent assurer leurs réparations en autonomie disposent de protocoles détaillés, préparés par leurs équipes techniques. Et la pression ne retombe pas tant à la ligne d’arrivée, puisqu’à peine la course achevée, il faut préparer la suivante. Logistique, chantiers et dossiers de sponsoring s’enchaînent, tout comme les…
Auteur: Caroline Baude

