Coutume tyrannique, pourquoi obéir ? L’égalité des sexes dans l’utopie de la révolution anglaise

« Jamais les hommes n’étaient de si bons époux et les femmes d’aussi bonnes épouses qu’avant cette maudite rébellion qui a porté un coup fatal au lien conjugal qui unissait le meilleur des rois au plus heureux des peuples »[1]

             Un siècle après la révolution anglaise, l’association entre désordre domestique et désordre politique était encore le symbole de cette « maudite rébellion » qui avait fait entrer dans le temps historique le vieux rêve populaire du monde sens dessus dessous[2] . Signe de remise en cause des plus anciennes et sacro-saintes hiérarchies, l’idée de l’égalité des sexes, telle qu’elle s’était timidement exprimée dans l’utopie révolutionnaire du XVIIème siècle, hantait encore la mémoire collective comme un rappel (souvent menaçant, parfois prometteur) des possibilités qu’avait ouvertes un monde où le politique était devenu synonyme de l’action humaine.

            Obscurci au cours des siècles suivants, l’enjeu de la liberté des femmes sera relégué hors du politique, dans le « privé » ou le « social ». Il est significatif à cet égard que, malgré l’importance des analyses du genre dans l’historiographie britannique, la plupart de nos connaissances sur les rapports de sexe dans cette période viennent de l’histoire sociale et littéraire, domaines qui ont eu moins de mal à se développer que l’histoire politique proprement dite. Il est par ailleurs étonnant que l’historiographie féministe ait plus étudié le genre dans l’utopie du XIXème siècle que dans la dissidence utopique des révolutions anglaises. Enfin, malgré l’élargissement considérable des connaissances historiques sur ce sujet[3] et en dépit des relectures critiques de la théorie politique classique apportées, au cours des dernières décennies, par une imposante production féministe[4], le rapport étroit dans lequel se développent…

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Auteur: romain romain

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