j’accepte le contrat tacite
avec ces milliers d’interfaces
qui m’enlèvent l’effort
qui me consomment autant que je les consomme
j’ai ma planche numérique
je prends la vague du chiffre
la déferlante matricielle
morphée me berce
dans un rêve sans besoin d’analyse
clef en main
où rien de foufou ne s’y passe-passe
l’automate choisit
c’est moi
et un autre automate dispose
c’est l’algorithme
un dialogue sans d’autre finalité
que la délimitation personnalisée de ma servitude
que l’aménagement de mon enclôt numérique
où je broute une herbe librement
tout en étant brouté goulûment
je lève la tête
ça m’arrive parfois
je vois les autres bêtes de somme-il
ensuquées comme moi
et j’ai envie de hurler au sursaut
à l’écrabouillement du gadget
mais j’ai tous mes mails et les photos de mes enfants
ça ne m’arrange pas du tout
niqué par l’intime
niqué par les secrets que j’y dépose
niqué par la peur de leur disparition
me voilà bien gêné dans mon désir révolutionnaire
mis devant l’ironique contradiction
par le relai ultime du capital
mode d’accès au monde obligatoire
pour qui veut jouir dans la conformité
dans les clous
c’est un problème d’ingénierie complexe
de rendre le désir compatible avec l’ordinateur
d’en border ses limites
de le circoncire petit à petit
de l’orienter dans ses boucles itératives
à l’horizon médiocre de l’achat
à la satisfaction dopaminergique
frustrante et calibrée
assez pour ne pas s’ennuyer
pas assez pour ne pas y revenir
du crack cuisiné dans des bâtiments d’architectes
jouant le jeu de l’épure
de l’ascèse
du juste
de l’écologique
du crack à la sauce libertarienne
libre d’en disposer
libre d’en dépendre
un choix est-il encore un choix
quand le couteau de l’obsolescence caresse le cou
certes ce n’est pas la guerre la soif et la faim
c’est une bulle d’opulence morte
un vide sans affect
qui me coupe du réel
je le…
Auteur: dev

