Bernhard Sprute. — « System (Am runden Tisch) » (Système (à la table ronde)), 2000.
Ce programme d’armement phare à cent milliards d’euros est conçu comme un « système des systèmes », une « architecture aérienne et numérique », comprenant un nouvel avion furtif (qui succéderait aux Rafale, Eurofighter, etc), des drones et le « Combat cloud » — un croisement en temps réel de données air-mer-sol. Ce concentré d’innovations technologiques fait une place de choix à la furtivité, aux systèmes pilotés par l’intelligence artificielle, aux essaims de drones, et à l’intercommunication entre acteurs sur les théâtres d’opérations, etc.
Le but est de permettre à l’Union européenne de disposer à l’horizon 2040 d’un système de combat aérien interconnecté de sixième génération, à l’égal des Américains, Russes, Chinois, etc. L’idée sous-jacente est de maintenir ou retrouver, dans le futur, une autonomie stratégique par rapport aux États-Unis, mise à mal par leur volonté d’imposer leurs avions F-35, et ceux qui leur succèderont. Enfin, ce programme se voudrait un facteur structurant pour l’industrie européenne de l’armement dans son ensemble, surtout à l’heure de sa remobilisation dans le contexte de tension à l’est du continent.
Chamailleries
Lire aussi Morvan Burel, « L’Europe à contresens sur l’autoroute de l’histoire », Le Monde diplomatique, octobre 2025.
Dans le schéma de départ, le leadership industriel du SCAF revenait au constructeur français Dassault pour ce qui est de l’avion, assisté d’Airbus-Allemagne et Espagne pour les drones et l’environnement numérique. Dans un souci d’équilibre géopolitique, et de répartition au prorata de la meilleure compétence, les métallurgistes allemands KMW et Rheinmetall avaient pris le pas sur le français Nexter pour l’engagement de l’autre grand projet…
Auteur: Philippe Leymarie


