Credit Suisse : les leçons d’une lente descente aux enfers

La faillite de la banque américaine Silicon Valley Bank (SVB) a entraîné une correction des valeurs bancaires, d’abord à Wall Street, puis par contagion sur tous les grands marchés boursiers. Entre le vendredi 10 mars et le lundi 13 mars, la capitalisation boursière mondiale du secteur a perdu 465 milliards de dollars. Cette vague a traversé l’Atlantique et déstabilisé une vénérable institution helvétique créée en 1856 : le Credit Suisse, une des 30 banques systémiques dans le monde.

Lundi 13 mars une déclaration de son principal actionnaire, la Saudi National Bank, précisait qu’elle ne participerait en aucun cas à une éventuelle recapitalisation de la banque après avoir pris une participation de près de 10 % dans le capital en octobre 2022. Les actionnaires se sont alors inquiétés, faisant chuter le cours de 30 %, ce qui a amené les déposants à retirer leurs fonds.

Devant la gravité de la situation, l’État helvétique a alors négocié directement avec UBS une reprise du Credit Suisse avec une garantie de passif confédéral. L’autre géant bancaire zurichois a rapidement annoncé le rachat de son homologue, le dimanche 19 mars, « pour rétablir la confiance ».

De graves déficiences dans la gestion des risques du Credit Suisse sont apparues au cours des deux dernières années. En avril 2021, nous avions souligné les difficultés des banques à maîtriser leurs départements spécialisés dans le métier très rentable de « prime broker », qui offre une large gamme de services aux fonds spéculatifs, comme l’avait démontré l’affaire Archegos.

La déconfiture de ce fonds, à la suite de prises de position à fort effet de levier sur des valeurs technologiques, avait laissé une ardoise totale de quelque 10 milliards de dollars principalement au Credit Suisse (4,7) et au japonais Nomura (2 milliards).



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La banque a également perdu 2,6 milliards de dollars dans le cadre de la faillite de Greensill en juin 2021, une jeune société londonienne qui finançait à court terme des entreprises en titrisant ses prêts auprès du Credit Suisse Asset Management. Au terme de son enquête, le 28 février 2023, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma, le régulateur suisse) déclarait même que la banque avait « gravement manqué à ses obligations…

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Auteur: Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School

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