Delphine Pouchain est maîtresse de conférences en sciences économiques à Sciences Po Lille. Emmanuel Petit est professeur de sciences économiques à l’université de Bordeaux.
En 2021, un article du Lancet révélait que, sur 10 000 jeunes de 16 à 25 ans interrogés dans dix pays, la moitié déclarait que le changement climatique les rendait tristes, anxieux, en colère, impuissants et coupables.
Presque la moitié considérait que leurs sentiments à propos du changement climatique affectaient négativement leur vie quotidienne, et beaucoup ont fait état de pensées négatives en relation directe avec l’état de la planète. Ces émotions, et notamment la colère, sont fortement corrélées à l’idée selon laquelle les gouvernements ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux environnementaux actuels ; ce qui s’accompagne alors d’un sentiment de trahison et d’abandon.
Ce sentiment est lui-même générateur de colère, comme en témoigne l’exemple bien connu de Greta Thunberg. La jeune activiste suédoise est souvent présentée comme l’égérie de la lutte contre le réchauffement climatique. Parallèlement, elle cristallise les critiques, notamment parce qu’elle ferait trop étalage de ses émotions. On lui reproche par ailleurs de chercher à susciter les émotions de son auditoire par le biais de formules choc.
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Parmi les émotions qu’elle semble ressentir avec force, et qu’elle tente de communiquer, on trouve immanquablement la colère, émotion qu’elle partage avec les jeunes de l’étude précédemment citée.
« Effet Greta Thunberg »
Les médias l’ont même parfois présentée comme le symbole de la colère de toute une génération. Quand elle dit par exemple « Comment osez-vous encore regarder ailleurs ? » lors d’une intervention aux Nations unies en septembre 2019, c’est une colère froide et argumentée qui s’exprime.
C’est toute sa colère également que nous ressentons dans ces propos : « Vous nous laissez tomber. […] Et si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis : nous ne vous pardonnerons jamais ! » Greta Thunberg illustre ce potentiel qu’a la colère d’être transformée en action. Elle parvient, à son échelle, à mettre les émotions au service de l’action pour le climat. Une étude récente montre même un réel « effet Greta Thunberg ».
Au-delà de cet exemple emblématique, on voit que les émotions peuvent jouer un rôle…
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Auteur: Reporterre

