La théorie des zones d’influence de l’administration Trump reprend la notion de « grand espace » (Grossraum) de Carl Schmitt qui, lui-même, était un admirateur de la doctrine Monroe (1823). Souvent formulée lapidairement sous la forme « l’Amérique aux Américains », celle-ci constituait un avertissement aux Européens à qui elle défendait toute intervention dans les affaires américaines. Par « américaines », le président Monroe entendait l’ensemble du continent américain de l’Alaska à la Terre de Feu, comprenant ainsi l’Amérique du Sud partiellement décolonisée à l’époque. Accessoirement, cette doctrine permettait d’accentuer la rupture avec la conception de la puissance développée par leur ancien pays colonisateur, l’Angleterre. En échange, les États-Unis devaient s’abstenir d’intervenir dans les affaires des pays européens.
Grand espace, espace vital et zone d’influence
Un des objectifs d’Adolf Hitler, déjà mentionné dans Mein Kampf, était de donner au Reich un « espace vital », un Lebensraum. À la différence des anciens Germains, qui aux IVe et Ve siècles avaient cherché à étendre leur espace vital vers le sud et l’ouest de l’Europe, Hitler se tournait vers l’Est pour trouver de nouveaux espaces, car c’est à l’Est que le peuple allemand trouverait les terres et les ressources nécessaires à son plein développement. L’ouvrage précité de Schmitt lui fournit sa justification théorique et politique. Concernant Monroe, voilà ce que déclare Schmitt (op. cit.) : « C’est là (la doctrine Monroe), dans l’histoire récente du droit international, le premier exemple, et le plus réussi à ce jour, d’un principe du grand espace en droit international ». Son application au Reich allemand se fonde sur un destin national : « Lorsqu’un grand peuple fixe de sa propre autorité la manière de parler et même de penser des autres peuples, le vocabulaire, la…
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