La « débandade transfrontalière » de l’enclave coloniale espagnole de Ceuta ces derniers jours n’est pas un phénomène spontané (ni migratoire en soi), mais le résultat d’une longue séquence de décisions diplomatiques, de transformations juridiques et de tensions sociales qui s’accumulent depuis des décennies, mais s’intensifient depuis 2020. En arrière-plan s’entrecroisent la reconfiguration internationale du conflit du Sahara occidental, l’absence invétérée de politique étrangère espagnole, la profonde crise sociale que traverse la jeunesse marocaine sous un régime marqué par la corruption structurelle et le rôle croissant du Maroc comme acteur pro-impérial au Sahel.
Le point d’inflexion se situe en décembre 2020, lorsque l’administration américaine reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en échange de la normalisation diplomatique entre Rabat et le régime sioniste qui occupe la Palestine. Ce geste brise le consensus international en vigueur depuis 1975 et déclenche une réaction en chaîne : l’Algérie renforce son soutien au Front Polisario, la Cour de justice de l’Union européenne annule successivement les accords commerciaux et de pêche qui incluent les ressources sahraouies, et le Maroc intensifie sa pression pour que les États européens soutiennent son plan d’autonomie.
À partir de 2021, plusieurs gouvernements européens — l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, voire la France — se subordonnent aux diktats de Washington, se rapprochant des positions marocaines sur le Sahara. Leurs arguments, désormais, intensifieront le mantra selon lequel le Maroc est un partenaire clé pour la contention migratoire, la sécurité régionale et la coopération antiterroriste. L’UE tout entière glisse en pratique vers une acceptation tacite de la souveraineté marocaine sur le Sahara, bien que juridiquement elle continue de reconnaître le droit à l’autodétermination.
En mars…
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