Critiquer les États-Unis : une hypocrisie bien française

Faire des États-Unis un repoussoir est une activité particulièrement prisée en France. Le racisme systémique, le nationalisme chrétien, la suprématie blanche, la haine de la culture, le capitalisme hardcore et le vin qui arrache, c’est là-bas. Pas chez nous. En France, l’État de droit est en grande forme. Les espaces critiques, qui renforcent la bonne santé des démocraties libérales (médias, justice, université, multipartisme) ne flanchent pas.

Alors on peut cultiver les aveuglements et passer son chemin. Comme dans le conte traditionnel pour enfant, où le loup ne parvient pas à avaler le troisième petit cochon plus malin que les autres. Sauf que l’opposition politique (appelons-la « les gauches ») est un paillasson sur lequel on s’essuie les pieds comme on le fait sur les contestations outre-Atlantique. Les médias (réseaux sociaux, presse, télévision) sont le terrain de jeux de richissimes conservateurs, amoureux éperdus de l’Afrique blanche ou néocolonisée. Être mis en examen, corrompu ou condamné, est la vertu des grands hommes (représentants de l’État ou entrepreneurs), de ceux donc qui possèdent l’art viril de gouverner.

Ce qui se passe aux États-Unis glace le sang, alors que la situation de la France n’intéresse pas grand monde.

Il reste cette chose, l’université. Aux États-Unis, elles furent riches, cannibales, miraculeuses. En France, elles rament et on les enfonce depuis plus d’une décennie. Les abattre en douce, c’est très facile. On peut se vanter d’accueillir des chercheurs d’excellence venus d’Amérique du Nord dont les travaux sont mis en danger, promettre la reconnaissance et le vent de la liberté. Mais cet élan cache mal les coupes budgétaires à la tronçonneuse et l’opacité qui plane sur les menaces de fermeture de départements universitaires entiers. Les justifications sont tout aussi conjoncturelles (effort de guerre),…

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Auteur: Nadia Yala Kisukidi

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