Cuba : le mouvement du social

Le constat selon lequel Cuba traverse une crise relève de la banalité. Il n’est nullement exagéré de dire que l’état de crise est consubstantiel à son histoire depuis la victoire de la Révolution, peut-être même à son histoire tout court. Reste que la séquence marquée par l’aggravation des difficultés économiques et les manifestations de juillet 2021 témoigne d’un aiguisement des contradictions, et de leur extension dans la trame d’une société civile elle-même en cours de profonde transformation.

C’est cet aspect de la situation qui est au centre de cet article de Leyner Ortiz Betancourt, membre du collectif cubain La Tizza et enseignant à l’université de La Havane. A travers une approche multidimensionnelle, l’auteur analyse les formes de subjectivation qui scandent l’histoire cubaine contemporaine et pointe la crise de la subjectivité qui accompagne le retrait actuel de l’État et la mise en place de « réformes » conduisant à une fragmentation et une polarisation sociales inédites depuis 1959. Il met notamment l’accent sur le rôle joué par les clivages de race et entre les territoires ainsi que sur les bouleversements de la sphère culturelle et de la vie quotidienne.

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Il est vrai que les choses ne s’accordent plus et que c’est un temps d’angoisse. On dit que l’angoisse naît de la confrontation avec quelque chose de réel, un abîme ou une peur. C’est déjà faire l’expérience du social à Cuba que de savoir que tout est hétérogène et, de surcroît, divisé. Mais il n’y aurait rien de nouveau dans ce constat, si habituel pour la plupart des sociétés, si dans la vie de celles et ceux qui vivent à Cuba il n’y avait pas encore un passé latent où les choses n’étaient pas comme ça. C’était une autre époque, débordante de subjectivité, avec un sens révolutionnaire qui traversait les hautes et les basses sphères de la vie, le sexe, la politique, l’économie, le…

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Auteur: redaction

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