Camopi (Guyane), reportage
Pour l’œil profane, rien ne laisse deviner le layon prenant forme sur la berge de l’Oyapock, au milieu d’une végétation dense et à moitié immergée. Au moment d’accoster, le vrombissement de la pirogue, seul moyen de transport dans cette région reculée du sud-est de la Guyane, s’efface derrière le bruissement sourd de la forêt. Après quelques minutes de marche au rythme du chant perçant des paypayos, ces « oiseaux sentinelles » sonnant l’alarme au premier bruit suspect, la canopée s’entrouvre soudain sur un patchwork de cultures.
Dans cet abattis, Denis Laprière cultive patates douces, bananes, ananas et piments selon des techniques agroforestières transmises depuis des générations. Et bien sûr du manioc, tubercule incontournable des repas amérindiens qui se déguste sous forme de galette (la cassave), de farine (le couac) où de boisson fermentée (le cachiri).
Une culture décimée
Cette année, la récolte sera plus maigre que prévue. « Vois comment les tiges ont commencé à noircir. Je les ai plantées en novembre et dès février, la maladie a commencé à tout détruire », raconte le chef coutumier des Wayãpi, un des deux peuples autochtones résidant à Camopi. Depuis au moins quatre ans, un champignon décime les parcelles de manioc de cette vaste commune amazonienne frontalière du Brésil où résident 2 500 habitants. Les agriculteurs de Camopi tentent de s’adapter pour préserver cette culture qui revêt, en plus, une dimension spirituelle, tandis que l’État, lui, se fait plutôt discret.
Le pathogène, originaire d’Asie du Sud-Est, a été officiellement identifié par ses services en juillet 2024. L’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, a alors commandé un rapport dans la foulée. Il a conclu en janvier 2025 que « l’éradication » du ceratobasidium theobromae n’était pas…
Auteur: Enzo Dubesset

