L’une des rencontres intellectuelles les plus surprenantes et même magiques, serait-on tenté de dire, du 20e siècle a probablement donné naissance au texte le plus stratégique de ce siècle en matière d’art. En réalité, les débats sur la culture et l’art ont très souvent revêtu un caractère stratégique pour le mouvement ouvrier international.
La relation des marxistes à la culture ne doit pas être comprise comme une simple curiosité intellectuelle envers l’esthétique, ni comme une tentative théorique d’appliquer le matérialisme historique à l’histoire de l’art à partir des « précieuses miettes » laissés par Marx et Engels. Elle doit plutôt être appréhendée comme un ensemble de problèmes concrets que le mouvement ouvrier a rencontrés au fur et à mesure de son développement, et qui appelaient des solutions pratiques.
Les débats concernant l’art et la culture peuvent être suivis dans des contextes variés de la lutte de classe : dans les publications à large diffusion de la social-démocratie allemande, lorsqu’il s’agissait de déterminer quel type de littérature devait être publié en feuilleton pour les ouvriers, ou quelles pièces de théâtre devaient être jouées dans les théâtres populaires ; dans les discussions de la Deuxième Internationale sur la question nationale, autour de l’existence ou non d’une culture commune au prolétariat et à la bourgeoisie ; ou encore, après la Révolution d’Octobre, par exemple dans les interrogations sur le devenir des musées hérités du tsarisme.
On peut donc parler d’une médiation à caractère stratégique allant de la construction de la conscience de classe – dans le but de briser l’hégémonie idéologique de la classe dominante – aux politiques culturelles menées par le parti ou l’État prolétarien, jusqu’à la place de l’art dans l’imaginaire communiste, au rôle de la création et de l’expérience…
Auteur: camille varso
