D'Alès à Roubaix, les jardins collectifs sont des oasis à préserver

Les auteurs de cette tribune sont Damien Deville géographe et anthropologue de la nature, et Annie Lahmer, conseillère régionale écologiste en Île-de-France.


Les jardins familiaux sont une mémoire collective vivante : ils portent l’histoire. En les regardant, nous pouvons retrouver les codes, les mœurs, les traditions culinaires et agricoles qui ont marqué les temps passés. Depuis la création des jardins ouvriers par le député et ex-abbé Jules Lemire, en 1896, des techniques agronomiques y ont été expérimentées, comme le palissage des pêches à Montreuil, en Île-de-France ; des concours de semis et de récoltes s’y sont déroulés, comme à Alès, dans le Gard ; des fêtes se sont perpétuées et des informations, des idées ont été transmises. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, les jardins étaient des lieux de ravitaillement où s’échangeaient les nouvelles du front ; à Detroit, dans le Michigan, les jardins sont désormais des lieux d’éducation populaire pour les descendants noirs américains.

Les jardins familiaux de Fleury-Mérogis (Essonne), à 200 mètres à vol d’oiseau de la célèbre prison, sont menacés. © Emmanuel Clévenot/Reporterre

Ceux d’Aubervilliers vont d’ici peu fêter leurs 100 ans. Magnifique héritage, ils sont installés sur une ancienne et réputée plaine légumière cultivée dès le Moyen Âge. Jusqu’au milieu du XXe siècle, elle fut appelée la « plaine des Vertus », en référence à la qualité agronomique des sols. Elle a donné des légumes de réputation nationale que l’on peut découvrir au musée des cultures légumières de La Courneuve. Poireaux des Vertus, betterave rouge des Vertus, navet demi-long des Vertus, gros chou Milan des Vertus ont été longtemps vendus en abondance dans les Halles de Paris pour nourrir les Parisiens. Certains jardiniers d’Aubervilliers continuent de planter les semences paysannes qui faisaient la fierté d’antan. En regardant les jeunes pousses, on comprend mieux les paysages que les ancêtres ont vus et pratiqués, ce qu’ils ont voulu garder et transmettre.

L’autoconsommation des légumes, herbes et fruits cultivés soutient les personnes précaires

Les jardins familiaux sont également des lieux où le lien social guide le quotidien. Épaule contre la solitude, canne pour le fragile, guide pour l’aveugle, ils accompagnent ceux et celles qui se sentent isolé.es et vulnérables. Dans des villes de plus en plus uniformes, où l’on passe d’un point à un autre sans prendre le temps de regarder, de…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Reporterre