Bichkek et région de Jalalabad (Kirghizstan), reportage
Le soir, les rues sont devenues étrangement sombres à Bichkek, la capitale du Kirghizstan. Les lampadaires réduisent leur fréquence d’allumage, ou alors s’éteignent complètement après 23 heures, jusqu’au crépuscule suivant. Une nouvelle normalité à laquelle doit s’habituer ce pays d’Asie centrale, qui vit l’une des plus sévères crises énergétiques de son histoire. La cause principale : la raréfaction de l’eau, dans un pays qui n’a guère que l’hydroélectricité des glaciers pour s’alimenter en courant.
La situation est telle que, le 9 novembre, le président Sadyr Japarov a appelé ses 7 millions de compatriotes à « utiliser l’électricité avec parcimonie », et annoncé des mesures drastiques d’économie d’énergie.
Après l’extinction obligatoire des bâtiments publics après 19 heures, les cafés et restaurants ont été priés de fermer après 22 heures — une mesure vite annulée en raison d’un vent d’indignation des restaurateurs. Mais la « loi du silence », décrétée pour préserver les habitants du tapage nocturne, a été renforcée pour interdire les concerts dans les bars en deuxième partie de soirée, ce que beaucoup voient comme un moyen de rationner l’électricité. « Les artistes perdent une partie de leurs revenus, et les gérants doivent s’adapter à des décisions prises à l’emporte-pièce », se plaint une gérante d’un bar populaire de Bichkek.
Les habitants de la capitale rencontrés par Reporterre ont affirmé que l’hiver exceptionnellement doux cette année a permis de ne pas brutalement aggraver les coupures d’électricité. La douceur relative du climat ne masque cependant pas complètement les conséquences du déficit énergétique grandissant au Kirghizstan, dont la production nationale d’électricité est insuffisante pour couvrir les besoins du pays.
La pénurie d’énergie…
Auteur: Danil Usmanov, Emma Collet

