Nîmes (Gard), reportage
Dans la plaine du Vistre au sud de Nîmes, peu à peu grignotée par les zones commerciales, une bâtisse en pierres du pont du Gard fait le pari du retour à la terre. Derrière les portes coulissantes du Mas des agriculteurs, des étals abondants de fruits et légumes racontent une agriculture redevenue visible. Au-dessus des cagettes, le prix côtoie le nom du producteur et la distance séparant le champ du magasin.
Sur un pan de mur, les portraits de plusieurs dizaines d’agriculteurs dominent les clients. « Ici, ce sont eux les patrons, résume Patrick Viala, président du Mas des agriculteurs, rappelant la genèse du projet entièrement porté par des agriculteurs. Nous n’étions pas satisfaits du modèle de commercialisation des produits gardois. Puisque la grande distribution n’était pas capable de rémunérer correctement, nous avons décidé de nous en occuper nous-mêmes. » Le principe est simple, mais ambitieux : reprendre la main sur la vente, le prix et la relation avec le consommateur.
Fruits, légumes, fromage, viande, vin, produits d’épicerie, farine, riz ou pâtes : l’offre est large et majoritairement issue du Gard, complétée par quelques productions de la région Occitanie. Ouvert en 2019, le supermarché a apporté une bouffée d’air à des exploitants pris en étau entre la hausse des coûts de production et des prix de vente tirés vers le bas.
Structuré en société par actions simplifiée (SAS), il appartient aujourd’hui à 150 actionnaires, tous agriculteurs gardois, qu’ils soient exploitants individuels ou coopérateurs. Un modèle collectif qui porte ses fruits : en 2025, le magasin a enregistré un chiffre d’affaires de 7,5 millions d’euros et a attiré 152 000 clients.
Un contre-modèle de supermarché
L’idée a pris racine en 2012, dans les bureaux de la chambre d’agriculture du Gard. Après la vente de locaux, la chambre consulaire dispose d’une…
Auteur: Estelle Pereira

