Cet article fait état de violences sexistes et sexuelles.
C’est à la naissance de Marin* que tout a basculé. Les mots durs, violents. Puis les coups contre les murs, jusqu’à cette vitre brisée en mille morceaux, sous les yeux de Julie* et de son nouveau-né. La jeune femme ne comprend pas tout de suite : « Je mets ça sur le coup de l’épuisement parental, je propose une thérapie », dit-elle. Rien n’y fait. Le couple se sépare ; la violence continue. Plus tard, ce seront les hématomes sur le corps de son fils qui alertent Julie, les tics qui défigurent le visage de Marin au retour de vacances chez son père, les jeux à connotation sexuelle et les confidences faites à son doudou, un soir de novembre.
Dans cet enfer, la trentenaire, professeure des écoles dans un village du Finistère, n’est plus seule. Elle est aujourd’hui accompagnée par L’Âmarrée, association de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), implantée à Plounéour-Ménez, 1300 habitantes, au pied des monts d’Arrée, massif montagneux qui scinde le département en deux.
Depuis 2023, L’Âmarrée réunit une poignée de femmes de ce territoire rural, qui s’emploient à en soutenir d’autres, principalement victimes de violences au sein de leur couple : certaines, contraintes de quitter leur domicile en urgence, sans solution de repli ; d’autres, qui ne souhaitent pas se rendre seules à la gendarmerie pour déposer plainte ou chez leur avocate ; d’autres encore qui, prises comme Julie dans le cycle des violences, ne savent pas vers qui se tourner.
« On fait avec notre vécu de femmes »
Sandrine a cofondé l’association et accueille les réunions dans sa maison bâtie au bout d’un hameau, à quelques encablures du bourg. Elle raconte : « J’ai moi-même subi des violences et il fallait alors aller jusqu’à Brest, à une heure d’ici, pour trouver de l’aide. Quand je m’en suis sortie, ça a été une évidence pour…
Auteur: Tiphaine Guéret
