Châtillon (Hauts-de-Seine), reportage
Panier sous le bras, Martine vient récupérer ses légumes. Avant de rejoindre son Amap — Association pour le maintien d’une agriculture paysanne —, la fringante retraitée s’engouffre dans un minuscule local. Là, elle transvase le contenu d’un bidon opaque dans une cuve. « Je participe à fertiliser la terre naturellement, sans pesticides », s’enthousiasme la sexagénaire. Car ce qu’elle a déposé dans le réservoir, c’est son pipi.
Comme elle, ils sont une vingtaine à apporter leur or jaune chaque semaine. L’Amap des Radis actifs de Châtillon a ainsi mis en place une initiative inédite en Europe : « un point d’apport volontaire d’urine ». Concrètement, « les participants collectent leur pipi chez eux, puis l’amènent dans la cuve collective, décrit Louise Raguet, coordinatrice du projet et membre du programme de recherche Ocapi. L’agriculteur récupère ensuite le liquide, qu’il ramène dans sa ferme où il peut être valorisé ».
Le projet peut faire rire (jaune), mais l’experte l’assure : « Il s’agit d’une petite révolution. » « Ce qu’on montre, c’est qu’on peut créer simplement, à petite échelle, une filière de valorisation de l’urine, explique-t-elle. Chacun d’entre nous peut s’y mettre dès demain, sans avoir à remplacer ses toilettes ou changer ses canalisations ! »
Pour mesurer l’importance de cette innovation, le chercheur Fabien Escudier, directeur du programme de recherche Ocapi, brandit les chiffres : « L’urine d’une personne pendant un an permettrait de fertiliser 500 m² de champs, et 25 millions de baguettes de pain pourraient être produites chaque jour avec l’urine de tous les Franciliens », dit-il. Or actuellement, nos précieux effluents se retrouvent dans les eaux usées, puis dans les boues d’épuration… et les rivières. Un système énergivore, gourmand en eau — chaque passage aux W.C.…
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Auteur: Lorène Lavocat, Mathieu Génon

