Corpus Christi (Texas, États-Unis), reportage
À presque chaque conseil municipal de Corpus Christi, un petit groupe d’activistes s’amuse à jouer au « bingo des conneries » (« bullshit bingo »), las d’entendre les élus de cette cité côtière de 317 000 habitants débiter les mêmes arguments à longueur de temps.
Une façon pour ces activistes environnementaux de tromper l’ennui, mais surtout de dénoncer une politique qui pourrait conduire cette ville du sud du Texas à devenir la première grande métropole étasunienne à connaître une rupture de son approvisionnement en eau. « On essaie de s’amuser comme on peut, dit l’une des militantes. Car malheureusement, la situation est lourde et démoralisante. »
Voici le paradoxe : Corpus Christi manque d’eau mais continue d’attirer raffineries, complexes pétrochimiques et terminaux de gaz naturel liquéfié, qui comptent parmi les activités industrielles les plus gourmandes en eau au monde. Placée au niveau maximal de restrictions depuis décembre 2024, Corpus Christi s’attendait à être à sec dès cet été, avant que les pluies diluviennes de juin ne diffèrent la catastrophe annoncée depuis plusieurs mois.
Après cinq ans de sécheresse, les deux principaux réservoirs de la ville étaient tombés sous le seuil critique des 20 % de leur capacité, entraînant, à l’hiver 2024, les restrictions d’eau les plus sévères depuis trente ans. Mi-juillet, Choke Canyon n’affiche encore que 8 % de sa capacité, tandis que Lake Corpus Christi est remonté autour de 34 %, selon les données du Texas Water Development Board (TWDB), l’agence publique de l’État chargée de la gestion des ressources en eau.
Désormais repoussé à septembre 2027, le déclenchement du niveau 1 de l’état d’urgence correspondrait au seuil où les réserves projetées ne permettraient plus d’assurer que 180 jours d’approvisionnement en eau. La municipalité…
Auteur: Charlie Blalock, Théo Quintard

