Dans la clandestinité

C’est le « partage du sensible » qui est aujourd’hui menacé. Il l’est par une logique économique qui se revendique, sans honte, d’intérêt public. Comment rendre visible l’effacement, c’est-à-dire rendre tangible la destruction de plus en plus systématique de ces lieux vivants où se tisse l’histoire concrète ?
Partout où de la pensée est vécue, tout semble se mettre en place pour la défaire – pour que surtout le temps ne reste pas dans les corps, que les sédimentations, les stratifications ne se fassent pas.

S’il n’y a plus que du consommable, alors aura en même temps cessé d’exister un lieu d’inscription des vécus, des récits, où la parole puisse circuler, se transmettre, être adressée. Que va-t-il arriver si les vies ne répondent plus qu’à des besoins préfabriqués ? Où les choix pourront-ils encore exister si ce qui est proposé ne porte pas en lui-même une émancipation en regard des itinéraires balisés à l’avance ? Le contrôle généralisé se répand en générant toujours plus d’autocensure. La catastrophe est prégnante.

À quelques endroits, l’expérience sensible reste prémonitoire. Elle est, ce bord, où la parole émerge, imprévue, imprévisible, et nécessaire – cette parole, qui à un moment donné, se risque à prendre conscience d’elle-même et pour ce faire, s’ouvre à la traversée d’autres langages, se pense autre et vers l’autre. C’est une parole qui s’adresse à l’écoute – elle ne devient entière que dans (avec) l’écoute. Recherche d’un lieu, d’une histoire, où la conscience de l’autre dans le langage, n’est pas perdue. Où le chemin de la conscience vers l’autre, est sans cesse ce qui déborde le déjà joué.

Chaque présent impose de remobiliser les forces, de penser à nouveaux frais, de retraverser l’engrenage où l’on est pris – sans rien céder. Voir, parler, sentir, savoir : rien ne se fait naturellement. Mais toutes les fois où elle nous arrive, même si elle nous transperce, la lucidité nous permet de résister.
Une désensibilisation extrême opère actuellement, elle écrase chaque espace vital. Elle voudrait euphémiser la douleur qui enraye la croissance économique. La douleur qui est un signal. Le voyant de la douleur, comme ceux de la faim et de la soif : tant que l’on sent encore une faim spirituelle, le sursaut de vie est possible, mais quand on ne sent plus rien…

Voyant d’alerte indiquant qu’une expérience n’est vécue que lorsqu’elle est partagée. Désir de savoir, qu’aucun…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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