Des sols contaminés depuis 1947
Dans la réserve naturelle des Coussouls de Crau, près d’Arles, cinq anciennes « places de brûlage » témoignent encore d’une opération militaire menée en 1947. À l’époque, des caisses de munitions devenues obsolètes y avaient été brûlées. Près de 80 ans plus tard, la végétation peine toujours à recoloniser ces quelque deux hectares.
Les analyses ont révélé la présence de plomb, cuivre, cadmium, arsenic et zinc. Sur l’un des sites, la concentration en plomb atteint 30,5 grammes par kilogramme de sol, soit environ 6 000 fois la concentration naturelle mesurée aux alentours dans les sols sains.
Ces conditions extrêmes et la rapidité de la contamination rendent l’adaptation naturelle très difficile. La pollution affecte également la faune souterraine : les biologistes ont mesuré la disparition de 70 % des vers microscopiques présents dans les sols contaminés.
Crau (13) – impact d’un essai militaire
Le contraste est particulièrement marqué avec le reste de la Crau. Cette steppe méditerranéenne abrite une biodiversité importante, avec jusqu’à 70 espèces de plantes à fleurs recensées sur un seul mètre carré. Sur la zone contaminée, en revanche, le sol reste largement à nu.
« La nature ne peut pas tout », commence Thierry Dutoit, directeur de recherche au CNRS à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie (IMBE), pour La Relève et La Peste. Dans les anciennes places de brûlages très contaminées aux métaux lourds, « le sol est plus proche de déchets issus de fonderies ou de mines que d’un sol naturel ».
Pourtant, une plante parvient à s’y installer : le brachypode rameux, appelé localement « baouque ». « Le Brachypode est une herbe pérenne très commune dans le sud-est de la France, connue pour sa capacité à pousser dans des conditions difficiles », explique le chercheur.
Les bergers l’appellent aussi « herbe aux brebis »,…
Auteur: Chloe Droulez
