Dans la gueule de l’ogre/Mahsa Karampour/1h26
Dans la gueule de l’ogre
Siavash a un goût prononcé autant pour les costumes à paillettes que pour les ruines. C’est tout l’un ou tout l’autre, entre destruction et ornementation, comme si l’exil était une ligne de crête séparant les moments d’inspiration (à tous les sens du terme) et le sentiment de perte. Siavash a dû s’enfuir de Téhéran parce qu’il y faisait du rock. Avec un peu de chance, il a pu se rendre à New York où il vit depuis. Sa sœur, Mahsa, de dix ans son aînée, s’est, elle, installée en France, où elle devenue française et cinéaste. Les soubresauts de l’histoire iranienne les a éloignés. Elle vient le filmer pour nouer une conversation qui, en réalité, n’a jamais eu lieu (elle est partie quand Siavash était encore un enfant).
Mais Dans la gueule de l’ogre ne s’en tient pas à ce présent : depuis longtemps Mahsa utilise une caméra. Elle a commencé en Iran, en faisant des plans sur sa famille, et donc sur son petit frère. Elle a aussi des images du groupe qu’il avait formé, plus tard, les Yellow Dogs, dont les répétitions clandestines avaient lieu dans une cabane de fortune au-dessus des toits de Téhéran. Mahsa retrace ainsi le parcours de Siavash, qui lui est devenu non pas un étranger mais un homme dont l’univers lui est difficilement pénétrable. Un univers fait de masques (au propre comme au figuré), de fuite en avant, de dérision et d’esprit punk, en particulier avec le nouveau groupe qu’il a fondé à Brooklyn, Yaasss.
Dans la gueule de l’ogre est d’abord un beau film sur les liens entre un frère et une sœur. Même si ceux-ci se sont distendus, Siavash et Mahsa ont une assise familiale commune et un amour mutuel qui…
Auteur: Christophe Kantcheff

