Avez-vous remarqué que la droite et la gauche s’effacent ? Même les chaussettes n’ont pas l’audace de disparaître toutes les deux en même temps. Depuis la Révolution, cette dichotomie structure les « débats » de tous vos amis bourrés, tous ces « intellectuels » de soirée qui attendent 3 g pour « parler politique ». Aujourd’hui, ça sent la fin de soirée et le « débat » a évolué en pugilat. Les deux camps ne se respectent plus, fini de se qualifier poliment de « gauche » ou de « droite », ils s’insultent : « wokiste » et « facho ».
Et comme dans une dispute d’adolescents, chacun est obligé de choisir un camp. À noter tout de même que choisir le fascisme, c’est se ranger derrière l’ami qui a déclenché la bagarre, a frappé tout le monde puis t’explique que c’est de ta faute et de celle de Rachid. J’ai jamais compris pourquoi on choisit ce camp. Parfois, je pense contre moi-même.
Inconsciemment, j’ai compris que j’avais pour certains une gueule de menace.
Pourquoi ne pas aller voir du côté des « fachos » ? Peut-être qu’ils ont raison ? Et si mes propres idées œuvraient contre moi ? Puis je me rappelle que je suis homosexuel, kabyle, fils d’immigrés de la classe moyenne basse… Disons que je n’ai pas vraiment le choix. Peut-être que les « fachos » n’ont jamais connu un contrôle au faciès, ou peut-être qu’on ne leur a jamais appris à ne pas faire de vagues de peur d’une bavure.
J’ai compris que la couleur de peau représentait une menace armée très tôt. Inconsciemment, j’ai compris que j’avais pour certains une gueule de menace. Je n’ai jamais commis le moindre délit – il y a eu des joints, certes, mais même Manuel Valls a déjà fumé –, jamais eu une heure de colle, mais j’ai appris à faire profil bas comme si j’étais un malfrat. Vivre sur le qui-vive sans les avantages…
Auteur: Ameziane

