Échassières (Allier), reportage
Deux sons se mêlent à l’ombre de la forêt des Colettes. Sous les hêtres, le chant typique du pouillot véloce. Derrière la route, le ronron constant d’une usine-pilote. Nous sommes à Échassières, dans l’Allier. Ici, la multinationale d’extraction minière Imerys a lancé la plus grande mine de lithium d’Europe au beau milieu des bois. À quelques pas de ces 20 hectares bruyants et grillagés, la forêt des Colettes grouille de vie presque comme si de rien n’était. Cette vaste hêtraie de 2 000 hectares abrite de nombreuses espèces protégées comme le chat sauvage, la loutre d’Europe ou le crapaud sonneur à ventre jaune. Un couple de cigognes noires s’y est même installé.
« Ici, c’est puissant énergétiquement. Ça fait quarante ans que je fréquente cette forêt, que j’y emmène des centres aérés pour les sensibiliser à la nature. Là, c’est une partie de ma vie qui va disparaître, dit Xavier Thabarant, 60 ans, naturaliste opposé au projet de mine de lithium. Regarde, là-haut, il y a deux loges de pics noirs dans un vieil arbre. » À nos pieds, le guide trouve aussi une plume de pigeon forestier. « Et là, un lucane cerf-volant à moitié croqué. » À peine la balade commencée, la forêt dévoile ses richesses. « Wouah, tu as vu sur le chemin ? C’est un papillon grand mars ! Il est magnifique avec ses reflets violacés. »
La hêtraie meurt de soif
Un peu plus loin, Xavier nous mène à un petit étang au milieu de la forêt. Au ras de l’eau, l’anax empereur, une libellule bleue, vole entre les hautes herbes aquatiques. Une perche commune navigue dans l’eau. Nos pieds s’enfoncent dans la boue. Une vieille pancarte Natura 2000 délavée informe de la présence d’une zone humide. Elle indique que ce lieu accueille des amphibiens, la droséra (une plante carnivore) ou l’écrevisse à pattes blanches. « Ça fait déjà quatre ans que je n’en…
Auteur: Adrien Fillon, Clément Villaume

