Pendant longtemps, tout reposait sur un mouvement presque immuable. Le Mékong débordait, se retirait, puis débordait à nouveau. À chaque crue, il déposait sur l’immense plaine du sud du Viet Nam de l’eau douce et des sédiments venus de milliers de kilomètres en amont.
De ce mouvement est né l’un des grands greniers à riz de la planète. Mais le Mékong n’alimente plus le delta comme autrefois. Et la mer, elle, remonte désormais à sa rencontre. Pendant la saison sèche, ses eaux salées s’enfoncent dans les bras du Mékong, gagnent les canaux et menacent les nappes souterraines. Les autorités ferment parfois des vannes pour l’empêcher d’atteindre les rizières.
Et certains agriculteurs commencent à faire exactement l’inverse : ils laissent entrer le sel.
Sur des terres traditionnellement consacrées au riz, des exploitants alternent désormais riziculture et élevage de crevettes. Lorsque l’eau est suffisamment douce, ils sèment le riz. Quand la salinité augmente, les crevettes, adaptées aux eaux saumâtres, prennent le relais.
Ce qui était une menace devient ainsi, dans certaines exploitations, une ressource.
Le Dr Jack O’Connor est un écologiste marin à l’Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’Université des Nations Unies (UNU-EHS) à Bonn, en Allemagne.
Un fleuve qui n’apporte plus assez de terre
Depuis Bonn, Jack O’Connor étudie cette transformation à l’Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’Université des Nations Unies. Cet écologue marin voit dans le delta vietnamien un aperçu des choix auxquels seront confrontées de nombreuses régions côtières : combien de temps peut-on défendre un paysage contre les bouleversements qui le transforment ? Et à partir de quand faut-il apprendre à vivre avec eux ?
Car le problème ne se résume pas à…
Auteur: Nations Unies FR
