Alep (Syrie), reportage
Un océan d’oliviers s’étend à perte de vue sur des collines vallonnées. La lumière du coucher de soleil éclabousse d’or leurs troncs noueux. Afrin, ville à majorité kurde du nord de la Syrie, est connue parmi les Kurdes comme un paradis terrestre, et un seul regard suffit à comprendre cet engouement. L’immense majorité de ses environs est dédiée à la culture de l’olivier, et son « or jaune », l’huile d’olive, est réputé partout dans le monde.
Pourtant, en cette douce fin de journée de juillet, les signes d’une catastrophe sont visibles. Comme toute la Syrie, Afrin sort de treize années de guerre civile. Et les conséquences environnementales se font sentir dans le paysage : déforestation, sécheresse, pillages…
À Metina, un village à une vingtaine de minutes d’Afrin, une route serpente sur des collines où la plupart des arbres ont disparu. « Les milices et des civils inconnus ont coupé presque toutes les forêts de pin des environs pour vendre du bois de chauffage ailleurs en Syrie — jusqu’à 150 dollars [130 euros] la tonne », soupire Abou Ibrahim, un père de famille souhaitant rester anonyme par peur de représailles.
Il nous emmène dans sa voiture faire le tour de la région et montre un peu partout des sommets dégarnis. « Ils ont laissé l’immense majorité des oliviers, car ils appartiennent à des propriétaires, mais les forêts du domaine public ont été décimées », explique-t-il. Même si c’est un cas plus rare, il a lui-même souffert de coupes d’oliviers. « Il y a deux mois, des individus ont coupé des branches de 28 de mes arbres », se désole-t-il, en nous montrant les oliviers mutilés. « Pendant la guerre, tout le monde a pratiqué la déforestation : les Kurdes contre les Arabes, les Arabes contre les Kurdes, etc. Mais les violations continuent alors que la guerre est terminée, et nous vivons toujours dans la peur »,…
Auteur: Philippe Pernot

