Grande-Synthe (Nord), reportage
Sous une légère bruine, une quarantaine de personnes forme une file devant les gamelles fumantes de l’association Emmaüs. Les bénévoles s’affairent à distribuer les repas de la journée aux près de 150 personnes migrantes, prêtes à tenter la traversée de la Manche. Des vestiges de tentes traînent çà et là, à côté de couettes noyées dans la boue. C’est ici, sur le camp de migrants de Mardyck à Grande-Synthe (Nord), que les occupants ont eu une frayeur il y a une semaine : le 20 février dernier, l’entreprise Indachlor, qui entoure le camp avec d’autres sites industriels, a relâché un nuage de chlore et d’acide chlorhydrique. L’épais brouillard blanc s’est dissipé en quelques heures. Outre un mal de gorge et des yeux irrités, il n’a fait aucun blessé. Mais les migrants ne l’ont pas oublié.
« On a commencé à tousser, à avoir les yeux qui piquent », se rappelle Ali. Originaire du Tchad, il est arrivé sur la côte deux semaines plus tôt avec pour projet de tenter la traversée vers la Grande-Bretagne. C’est un bénévole qui a donné l’alerte et appelé le 15. « Les pompiers m’ont demandé s’il n’y avait pas une intervention de police en cours ; si ça n’était pas du gaz lacrymogène, explique Pierre Lascoux, bénévole de l’association Salam. Ils n’avaient pas l’air au courant de ce qui se passait. »
Selon la préfecture du Nord, c’est un « dégazage inopiné » qui est à l’origine de ces vapeurs irritantes. Un mélange de chlore et d’acide chlorhydrique provenant de l’usine Indachlor située à 1,5 km du camp. Diane Leon, responsable de Médecins du monde, était sur place lorsque les secours sont arrivés, environ une heure après le signalement du nuage chimique. « La conduite à tenir était très floue, précise-t-elle. On nous a demandé d’évacuer sans nous donner plus d’informations. Nous avions peur qu’il y ait un mouvement de panique dans le camp. »
« Il n’y a aucune installation sanitaire sur le camp »
Si l’accident a été d’une ampleur limitée, aucune personne présente sur place n’a pour autant fait l’objet d’une prise en charge médicale, regrette Diane Leon. Pourtant, selon elle, le manque d’accès à un point d’eau potable et à des douches mettent en danger les migrants exposés aux gaz.
« Les recommandations en cas de contamination au chlore sont de changer de vêtements et de se laver. Il n’y a aucune installation sanitaire sur le camp », rappelle Diane Leon. Sa demande aux autorités de mettre à disposition un gymnase est également restée lettre morte. Pour elle, cette situation dramatique, avec un camp situé près des sites industriels, « est le produit…
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Auteur: Nicolas Lee Reporterre

