Providencia (Colombie), reportage
Une forte odeur de friture s’échappe d’une modeste baraque en bois, en bordure d’un chemin de terre menant au rivage de la petite île colombienne de Providencia. Elizabeth Cabezas, 63 ans, y façonne des boulettes de poisson, qu’elle jette ensuite dans l’huile frémissante. Ce sera le déjeuner de ses deux fils, partis en mer alors que le soleil pointait à peine sur les vagues de la mer des Caraïbes.
Cette pêcheuse jette un œil à l’horloge accrochée au mur et fronce les sourcils. Les garçons auraient dû rentrer il y a déjà une heure. En temps normal, cela arrive souvent : tributaires des aléas de la mer, les pêcheurs peuvent tarder à revenir. Sauf qu’aujourd’hui, leur absence ravive l’angoisse récente et grandissante de la communauté.
« Nos enfants risquent leur vie là, dehors. Les États-Unis bombardent les bateaux en disant que c’est de la drogue, mais si ce sont des pêcheurs et qu’il n’y a pas de drogue, on ne peut pas leur rendre la vie », dit-elle, spatule à la main.
Depuis septembre, les États-Unis ont décidé de durcir leur politique contre le narcotrafic. L’administration Trump a déployé une flottille de navires de guerre — dont le plus grand porte-avions du monde — dans les Caraïbes et les tirs contre des embarcations soupçonnées de narcotrafic se sont multipliés. Au moins 20 bateaux ont été touchés et 105 personnes y ont trouvé la mort, sans que Washington ne donne de preuve de leur implication dans le commerce de la drogue.
Si le Venezuela de Nicolás Maduro est la cible principale de cette opération, son périmètre déborde largement dans les eaux colombiennes. Donald Trump a d’ailleurs qualifié le président colombien, Gustavo Petro, de « baron de la drogue ».
Des revenus divisés par trois
Alors, dans ce hameau qui rassemble 220 pêcheurs et leurs familles, tous membres de l’association I-Fish, qui représente les…
Auteur: Camille Bouju, Charlie Cordero

