basta! : En quoi le yoga vous paraît-il être devenu une formidable « caisse de résonance » de l’idéologie néolibérale » ?
Zineb Fahsi : Il suffit d’analyser les discours qui accompagnent et encouragent la pratique du yoga aujourd’hui. Cela se résume souvent à une longue liste de bienfaits en tout genre, comme si le yoga était devenu une recette miracle, un palliatif de tous nos problèmes : on va apprendre à mieux gérer ses émotions, reprendre possession de son corps, améliorer son sommeil, gagner en concentration, cultiver enfin des « pensées positives »…
Autant d’aspects qui nous permettraient in fine d’affronter les tracas du quotidien et d’être plus heureux. Or, toute cette rhétorique de transformation que prône le yoga – car le yoga prétend bien changer le monde, c’est bien là tout le sujet ! – ne s’appuie plus que sur la responsabilité individuelle de tout un chacun, en évacuant consciencieusement tous les enjeux collectifs, politiques et sociaux.
C’est le principe de la « révolution intérieure » : tout ne repose plus que sur nos épaules, à nous de faire des efforts en premier lieu. C’est ce qui en fait un canal de diffusion extrêmement efficace de l’idéologie néolibérale, en contribuant à imposer insidieusement ce mythe selon lequel c’est en se transformant soi-même qu’on transforme le monde. Sauf que non, bien sûr que non, ce n’est pas le yoga ni notre métamorphose intérieure qui nous sauveront du patriarcat, de l’augmentation des inégalités, des hôpitaux en déliquescence ou des burn-out au travail !
La discipline reste protéiforme, dites-vous : historiquement, il n’a jamais existé un seul yoga, monolithique, mais bien différentes formes de pratiques cohabitant sous la même appellation. Quel type de yoga est précisément la cible de vos critiques ?
Je parle du yoga tel qu’il est aujourd’hui pratiqué dans les studios ou…
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Auteur: Barnabé Binctin

