Moustey (Landes), reportage
Dans la forêt du Caplane, à Moustey, dans les Landes, rien n’est vraiment à sa place. Et c’est précisément le projet. Les pins maritimes ne sont pas sagement rangés au cordeau, alignés et pressés les uns contre les autres, dans une uniformité artificielle. Des chênes pédonculés et tauzins poussent où bon leur semble, les ronces s’invitent, les arbres morts restent parfois couchés au sol et les fossés ne brillent pas par leur netteté. Pour un œil dressé aux plantations impeccables du massif landais (1 million d’hectares au total), les 15 hectares d’Éric Castex ressemblent à un joyeux fouillis. « On est dans la forêt », tranche le gestionnaire, lunettes sur le nez et sourire contenu.
Éric Castex parcourt cette parcelle en désignant ce que le simple promeneur ne verrait pas. Ici une série de vieux chênes semenciers, là un rejet, plus loin un jeune pin « venu en régé-nat’ » (comprendre, en régénération naturelle). Après la tempête Klaus de 2009, une partie de la parcelle n’a pas été replantée. Les arbres tombés sont restés au sol, les graines ont levé, le mélange s’est recomposé. « La première fonction de mon boulot, c’est observer », assure le gestionnaire. Aux propriétaires qui lui confient leurs parcelles et qui lui demandent par quoi commencer, il répond toujours : « D’abord, on va s’asseoir, puis on va regarder ce qui se passe. » Les oiseaux, le sol, le foisonnement se laissent alors regarder.
Cet ancien bûcheron a rencontré au milieu des années 2000 les principes défendus par Pro Silva, une association de forestiers (gestionnaires, propriétaires, professionnels et simples amoureux de la forêt). Il est depuis devenu l’un des praticiens de la SMCC, la « sylviculture mélangée à couvert continu ». Le principe : plusieurs essences, du pin maritime, évidemment mais aussi des peupliers, des chênes, etc., et plusieurs âges…
Auteur: Jérômine Derigny, Laure Noualhat
