Attablé dans une boulangerie en centre-ville de Saint-Denis, Ilyes*, 19 ans, résume la situation : « La préfecture, c’est l’enfer », lance-t-il. « Là, on est inquiets. Imaginez ils nous disent : “OQTF, rentrez chez vous !” » « C’est la France à Macron ! », réagit un de ses camarades, implacable, avant de croquer dans sa viennoiserie. Leurs deux autres copains approuvent. Tous les quatre, en première et terminale d’un lycée professionnel de Saint-Denis, sont sans papiers.
Un surnommé « Zaro », 19 ans également, est le plus discret de tous. Arrivé en France il y a trois ans, sa demande d’admission exceptionnelle au séjour (AES) a été « classée sans suite ». « J’ai pas insisté », lâche-t-il. « Si je fais une autre demande, je risque une OQTF », obligation de quitter le territoire français.
« Plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser »
Tous connaissent le nom de l’ancien ministre de l’Intérieur et de sa circulaire adressée début 2025 aux préfets. « Bruno Retailleau », dit Ilyes, « il m’a bloqué ! C’était 3 ans [de présence en France] et maintenant c’est devenu 7 ans. » Traduction concrète de la volonté exprimée par l’ex-ministre « d’expulser plus et de régulariser moins », la circulaire insiste aussi sur la nécessité d’exercer un « métier en tension » et sur le fait que les refus de titre doivent s’accompagner d’une OQTF.
Dans les lycées de Seine-Saint-Denis, les effets du texte se sont diffusés comme un poison, s’ajoutant aux délais sans fin de la préfecture. « Plus aucun de nos élèves n’arrive à se régulariser », s’inquiète Marion, assistante pédagogique et référente d’accès aux droits des jeunes dans le lycée. Elle coordonne aussi le collectif regroupant 11 établissements mobilisés pour aider les élèves.
Dans le lycée des garçons, une cinquantaine…
Auteur: Pauline Migevant

