Dans les médias allemands, cordon anti-nazi ou barrage contre la gauche ?

« Ça fait vraiment peur », frissonne face à la caméra Julius Böhm, l’envoyé spécial du média en ligne NIUS. « Berlin c’est la fin », se lamente sur X Felix Dachsel, chef du service des grands reportages au Spiegel, l’hebdomadaire le plus diffusé d’Allemagne. « La police berlinoise est horrifiée », alerte de son côté le fil d’infos du quotidien conservateur Die Welt, qui rapporte ce constat lugubre d’un porte-parole en képi : « Berlin ist gefallen », Berlin est tombée. Nous sommes le dimanche 20 septembre au soir et la presse allemande découvre avec stupeur et tremblements les résultats des élections régionales qui viennent de se clore dans la capitale allemande.

Péril rouge et « clans arabes »

Manifestement, l’heure n’est pas seulement grave : elle est apocalyptique. Est-ce parce que l’AfD vient de remporter à Berlin le meilleur score de son histoire avec 16,2 % des voix, presque deux fois plus qu’il y a cinq ans ? Bien sûr que non. De l’extrême droite et de son ascension dans le pays, il sera relativement peu question tout au long de la soirée. Deux semaines plus tôt, pourtant, le parti couvé par Elon Musk a raflé près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt. Il se trouve aujourd’hui en position de gouverner le Land, qui deviendrait ainsi le premier territoire allemand à succomber à l’extrême droite depuis les années 1930. Mais à quoi bon s’en inquiéter, puisque ce qui monopolise l’attention ce soir et fait couler des hectolitres de sueur sur les plateaux, c’est la victoire à Berlin de Die Linke, la formation de gauche arrivée largement en tête avec 25,7 % des voix, bien au-delà de ce qui était attendu.

Sa cheffe de file, Elif Eralp, est une juriste spécialisée en droit de l’immigration, fille d’un couple de syndicalistes turcs qui ont fui leur pays lors du coup d’État militaire de 1980. Elle a axé sa campagne sur un positionnement…

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Auteur: Olivier Cyran