Dans les Pyrénées, des industriels veulent capturer des millions de tonnes de CO₂

Jusqu’ici peu concernée par les chantiers de géo-ingénierie, la France entrera dans la course au captage de CO₂ à l’horizon 2030 avec le projet Pycasso. Programme titanesque inspiré des technologies existantes dites CCUS (« Carbon Capture, Utilization, and Storage »), il consistera à capturer, stocker et réutiliser le CO₂ pour une durée minimale de 50 ans sur tout le quart sud-ouest français et le nord de l’Espagne.

Aspiré à la sortie des cheminées industrielles ou dans l’air, le CO₂ sera transporté via des pipelines irriguant le quadrilatère franco-espagnol Bordeaux-Toulouse-Saragosse-Bilbao, puis enfoui dans d’anciens gisements d’hydrocarbures.

La promesse affichée ? Réduire le réchauffement climatique en captant 1 million de tonnes de CO₂ par an. « Ce n’est même pas ce qu’émettent chaque année les deux roues motorisés en France », relativise Pierre Gilbert, chercheur à l’Institut Rousseau et auteur de Géomimétisme : réguler le changement climatique grâce à la nature (Les Petits Matins, 2020). Une goutte d’eau face à la dizaine de millions de tonnes rejetées par les industriels de la région.

Déjà à l’œuvre dans une vingtaine de projets dans le monde, les résultats de captage de CO₂ ne sont pas aussi fructueux qu’attendu. À Dunkerque (Nord), l’expérimentation sur une cheminée d’Arcelor Mittal est particulièrement décevante : 4 000 tonnes de CO₂ ont été capturées depuis mars 2022… sur les 11 millions de tonnes annuelles émises.

À cela s’ajoute le besoin en énergie de cette technologie : « Il faut au minimum 300 ou 400 kilowatts-heure d’électricité pour capter 1 kilogramme de CO₂. C’est un procédé très énergivore, qui suit le principe suivant : si on veut décarboner une centrale à charbon, il en faut une deuxième », explique Éric Bergé, chef de projet industrie lourde du Shift Project. Selon lui, la France ne dispose pas de suffisamment d’électricité pour généraliser ce dispositif.

Quant au réseau de transport du CO₂ prévu, il alourdit le bilan carbone du projet. « Des pipelines en acier sur des centaines de kilomètres seront nécessaires pour compléter le réseau souterrain existant. Elles représentent une énergie grise non négligeable », précise Pierre Gilbert.

« Plus de questions que de réponses sur la question du bilan carbone de la technologie »

Une réalité qui interroge aussi les acteurs du projet : « Pour le moment, nous avons plus de questions que de réponses sur la question du bilan carbone de la technologie », admet auprès de Reporterre Jean-Loup Minebois, directeur du projet Pycasso.

Total avait pourtant mené une expérimentation concluante, selon lui, en juin 2009….

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Reporterre

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com