Bordeaux (Gironde), reportage
Au pied des couchettes et sur une table, des roses blanches dans des bouteilles en plastique ont été déposées, comme pour dire « merci ». Entre la centaine de lits vides, seuls quelques jouets, des gamelles pour chat et un livre pour enfant témoignent de la vie qui s’était installée au parc des expositions, dans le nord de Bordeaux. Jeudi, alors que la préfète de la Gironde venait d’autoriser les habitants de neuf communes évacuées à regagner leur domicile, des centaines de personnes ont quitté les lieux, qui ont hébergé jusqu’à 6 000 évacués sur les 220 000 qui ont dû quitter leur domicile ou leur lieu de vacances.
Alors que la situation s’améliore sur le front de l’incendie, qui a brûlé 42 000 hectares et plus de 200 maisons, l’effervescence de cet immense hall redescend peu à peu. « Qu’est-ce que c’est calme ! Hier encore, on ne s’entendait plus parler », souffle Christophe Chanteloube. Habitant d’Andernos-les-Bains, sur le bassin d’Arcachon, il a atterri au centre d’hébergement dans la nuit de samedi à dimanche après avoir été évacué quatre fois, à mesure que les communes tombaient sous la menace du feu.
Au bout de six jours, il s’y est presque fait. « J’ai mes petites habitudes. On a un peu l’impression d’être à la maison. » Ses voisins de dortoir viennent de rentrer chez eux, et Christophe éprouve des sentiments partagés : la hâte d’être le prochain, teintée d’une pointe de mélancolie. « On se réveillait ensemble chaque matin, on se connaissait tous. Maintenant que tout le monde est parti, ça fait un grand vide… »
Pourtant, même s’il pouvait partir tout de suite, il ne le ferait pas. « Je ne veux pas la laisser tomber », chuchote-t-il en désignant Mélissandre, assise sur le lit d’à côté. « Sans se connaître, on a travaillé dans les mêmes entreprises, et ses parents vivent à 200 mètres de…
Auteur: Amandine Sanial, Timothée Buisson

