En 40 ans, la désindustrialisation a profondément transformé l’identité économique de la France, la faisant passer de pays de producteurs à pays de consommateurs. Au-delà de ses conséquences économiques, notamment sur la balance commerciale, ses effets sociaux et environnementaux préoccupent aujourd’hui.
Dans les territoires les plus affectés, le phénomène a installé dans la durée des situations de précarité sociale et économique. L’impact fut tout aussi sévère pour notre planète. Aujourd’hui, nous consommons des produits fabriqués dans des conditions environnementales plus que critiquables et qui parcourent des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans nos hypermarchés. Plus de la moitié de notre empreinte carbone est dorénavant importée. C’est ce processus d’accélération qui est confronté de manière brutale aux limites environnementales et le technosolutionnisme, cher à des personnalités comme Elon Musk, semble une réponse bien illusoire.Un exemple frappant en est la grande promesse du moment qu’est l’IA, dont le bilan environnemental semble finalement bien lourd.
Relever le défi de la réindustrialisation, c’est être conscient qu’il s’agira moins de compenser les « perdants » que d’imaginer un nouveau projet industriel conciliant les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Et si l’on se représentait autrement les processus productifs, de manière « bioéconomique » ?
Maximiser davantage que le profit
Aux fondements de cette représentation se trouvent les travaux de l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen qui interrogent les référents que la science économique devrait adopter pour tenir compte des contraintes de son environnement physique. Exploitant les enseignements de la thermodynamique, il va montrer que les processus économiques évoluent dans un cadre de plus en plus désorganisé (« entropique »), au sein duquel les ressources dont nous disposons…
Auteur: Renaud Vignes, Maître de Conférences associé à la retraite, Aix-Marseille Université (AMU)

