Dark Taoism (suite)

Une reprise d’un chapitre de Zhuangzi (traduit par Jean Lévi), un prolongement et un retour : un essai-vidéo de Dark Taoism (voir l’article précédent).

I. La joie des poissons (Zhuangzi)

« Lors d’une excursion, Houei et son ami Tchouang s’étaient retrouvés sur la jetée qui surplombait la rivière Hao. Tchouang s’était exclamé :
— Les poissons ! Vois comme ils s’ébattent librement, comme ils doivent être heureux !
— Comment sais-tu qu’ils sont heureux ? Tu n’es pas un poisson ! avait ergoté le rhéteur.
— Tu n’es pas moi, comment sais-tu que je ne puis savoir si les poissons sont heureux ?
Houei avait cru avoir le dessus par cette réponse :
— Si n’étant pas toi, je ne puis savoir ce que tu sais, n’étant pas un poisson tu ne peux savoir si les poissons connaissent la joie.
— Il a bien fallu que tu saches que je sais pour me poser la question, avait répondu Tchouang.
Et avec un geste ample de la main, il avait conclu :
— Je le sais parce que je me trouve là, sur la jetée de la Hao… »

II. Le cri des poissons

Après une longue promenade sur la jetée de la rivière Hao, Maître Tchouang revint frétillant en compagnie d’un jeune pêcheur croisé sur le chemin. Tous deux regardaient un bocal d’eau trouble. Un poisson flottait le ventre gonflé. Un autre apparaissait de temps à autre à la surface.
— Maître, il est mort ? demanda l’enfant.
— Lequel : le vivant ou le mort ? répondit Tchouang.
— Celui qui flotte.
— Lequel ? insista Tchouang.
— Le plus gros.
Tchouang ne répondit pas et demanda à l’enfant :
— Entends-tu ?
— Entendre quoi ?
— Le cri des poissons. Le mort dit : Je suis plein. Le vivant dit : Je suis vide.
— Je n’entends rien, Maître.
— Tu es donc aussi vivant que celui qui tourne : s’il tourne, c’est parce qu’il n’entend rien.

L’enfant resta un long…

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Auteur: dev