Dans un contexte de « dark tourism » (« tourisme noir » ou « thanatourisme », en français), les cimetières et les sépultures deviennent des destinations touristiques. La tombe de Jean-Marie Le Pen en a déjà fait les frais.
Dès le lendemain de l’enterrement de Jean-Marie Le Pen, le cimetière de la Trinité-sur-Mer était inhabituellement fermé au public, à la demande de la préfecture du Morbihan. Une camionnette de gendarmes était postée devant l’entrée du cimetière, bloquant l’accès et surveillant les badauds. Le cimetière a finalement rouvert ses portes le lundi suivant, et alors que cela n’avait jamais été le cas jusque-là, il est désormais régi par un arrêté municipal fixant des horaires d’ouverture allant de 8h30 à 17h30.
Ces précautions qui visent à réguler les visites sur la tombe de Jean-Marie Le Pen ont déjà montré leurs limites : il aura fallu moins d’un mois pour que sa tombe ne soit sérieusement vandalisée, le 31 janvier 2025.
La sépulture de Jean-Marie Le Pen est déjà un lieu de dark tourism. Or ce type de lieu nécessite des mesures de « mise en tourisme » spécifiques allant au-delà de la simple « vigilance ».
Du tourisme de mémoire au dark tourism
Bien que le tourisme lié à la mémoire ne soit pas un phénomène nouveau, celui plus largement lié aux sites associés à la mort semble aujourd’hui avoir le vent en poupe. Les professionnels du tourisme développent le segment et les médias s’y intéressent. Lorsqu’un lieu de catastrophe est médiatisé, certains visiteurs répondent à l’appel.
Après la sortie de la série Tchernobyl sur HBO en 2019, le nombre de visiteurs du site de la catastrophe est passé de 9 000 par an à 17 000. Après la sortie de la Liste de Schindler, en 1993, les visites d’Auschwitz-Birkenau avaient aussi augmenté de 15 %.
Auteur: Sébastien Liarte, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, Université de Lorraine

