I. La bêtise artificielle : prolétarisation noétique et entropisation culturelle
La critique politique de l’ « intelligence artificielle générative » développée dans De la bêtise artificielle : pour une politique des technologies numériques s’inscrit dans la continuité des analyses de Bernard Stiegler, sur lesquelles tu as beaucoup travaillé par ailleurs, notamment dans un autre livre paru la même année, intitulé Penser avec Bernard Stiegler : de la philosophie des techniques à l’écologie politique. Les deux dimensions qui semblent fondamentales dans tes réflexions sont la conception pharmacologique de la technologie et la « nouvelle critique de l’économie politique » développée par Stiegler. La conception pharmacologique est issue de la lecture du Phèdre de Platon, dans lequel Platon affirme que l’écriture, qui permet aussi de sauvegarder la mémoire et de transmettre les savoirs, risque aussi de figer la pensée et d’externaliser la mémoire, asséchant la vitalité du dialogue. C’est la figure du pharmakon : à la fois poison et remède. Par ailleurs, dans Pour une nouvelle critique de l’économie politique (2009), Stiegler remarquait notamment que le développement technologique et industriel pouvait conduire à une « bêtise systémique », qui provenait d’une dépossession des savoirs. Selon lui, cette dépossession concernait tant les personnes en bas de l’échelle sociale, qui aurait un savoir faire, que les élites, qui aurait un savoir théorique. Les « prolétaires du système nerveux sont tout autant prolétarisés que les prolétaires du système musculaire », disait-il. En quoi ces analyses peuvent-elles nous aider à comprendre les enjeux des « intelligences artificielles génératives » que tu étudies dans le livre ?L’originalité de la « nouvelle critique de l’économie politique » de Stiegler consiste à articuler les réflexions de Platon à celle de Marx, ce qui…
Auteur: dev

