De la forme-de-vie amoureuse

Si nous ne sommes pas toutes et tous amoureux, nous l’avons pour la grande majorité déjà été. D’ailleurs, les sentiments amoureux s’étalent partout sous nos nez, dans les films, les livres, les magazines, sur les affiches ou les applis ; l’amour est partout et en même temps, tout le monde semble le rechercher. Un peu comme si à chaque fois que nous tentions de nous en saisir comme objet, il s’évaporait. D’ailleurs, dès que l’on tente d’analyser, voire d’analyser politiquement cette étrange substance, on retombe souvent sur de la sociologie froide ou du romantisme creux, parfois même sur de la théorisation de la tristesse.
C’est tout autre chose que tente humblement Nathan J. Beltràn dans ce très beau et très juste texte.

Aux amis, à T, à K.

I. REFUSER LES FORMES MORTES

La modernité a institué deux régimes principaux de la relation amoureuse. D’une part, le couple bourgeois, à savoir la forme contractuelle, codifiée, axée sur la stabilité, la propriété affective & l’organisation sociale du désir. Et qui transforme l’amour en gestion, en sécurité, pire : en projet. De l’autre, la passion romantique, qui, au contraire, est déliaison radicale, fission des subjectivités jusqu’à l’autodestruction. Elle fait du sentiment un absolu qui exige la casse de la forme & de la durée.

Ces deux régimes fonctionnent comme des impasses : l’un neutralise la vie, l’autre la consume. Tous deux supposent une clôture – qu’elle soit dans la norme (le foyer), ou dans l’extase (le ravage). L’alternative à chercher est une manière d’être-au-monde-avec. Où il n’est pas question de pacte, mais de pactage – c’est-à-dire : partage mouvant, non assignable. Certainement pas d’institution, mais toujours de climat. Certainement pas un projet, mais une forme-de-vie.

Une forme-de-vie est ce qui ne peut être séparé de son mode d’existence : une vie qui ne se distingue pas de sa manière…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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