De la misère en milieu lycéen

1969, la crise de mai et juin 1968 ne s’est toujours pas refermée. La politisation de la jeunesse est constante et ses sursauts spontanés jalonnent les mois. Les lycéens se sont lancés dans la bataille d’abord par les comités Vietnam, puis dans l’explosion du joli mois de mai et ses comités d’action lycéens (CAL). Ils s’activent pour défaire les carcans : séparation des genres, interdiction des activités politiques dans les lycées, refus des lycées-taules ou lycées-casernes. Pour accompagner cette agitation constante, un groupe autour du journal Passer outre édite une brochure De la misère en milieu lycéen (et autres scolarisés). Notre archiviste est parvenu à mettre la main sur un exemplaire. Cette brochure nous informe sur les préoccupations de la jeunesse de l’époque qui n’apparaissent finalement pas si éloignées de celles d’aujourd’hui.

1 • Dernier sermon dans le désert

Ce qui caractérise a priori le lycée c’est, outre le caractère d’immuabilité de son institution, sa similitude avec l’ensemble superstructurel de la société et son corollaire immédiat : l’aberration de sa double aliénation physique et mentale. L’incroyable institution est née d’un régime politique et social qui ne pouvait produire dans sa conception fasciste, que des entreprises de déshumanisation : des prisons, des casernes et des lycées. Ainsi depuis le factieux du dix-huit Brumaire il a traversé les années, les gouvernements, les régimes, dûment protégé par le pouvoir, qui de tout temps y a vu le moule, parfait producteur des générations de chiens de garde. Dès la fin de son enfance l’individu se trouve ainsi propulsé dans une micro-société où l’on se chargera de l’introduire dans les formes et le contenu de l’aliénation généralisée. Le lycée apparait comme un des stages de redressement et comme une des périodes de matraquage et de répression intellectuels qui jalonnent la non-vie…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev