Le 23 septembre dernier à Madrid, Maria del Carmen Abascal, 87 ans, était expulsée de son logement. Le 7 octobre, elle mourait sans avoir pu regagner l’appartement où elle avait vécu pendant près de soixante-dix ans. Son décès a déclenché une vague de manifestations autour du logement dans toute l’Espagne.
Le 23 septembre, l’huissier de justice et la Policía Nacional étaient convoqués pour procéder à l’expulsion de Maricarmen de son logement, dans le quartier madrilène d’El Retiro. C’était la quatrième tentative ; les trois précédentes avaient échoué grâce à la pression et au travail du Sindicato de Inquilinas de Madrid, qui avait organisé la défense du logement contre Urbagesa, un groupe d’investissement immobilier spécialisé dans les achats dits « con bicho dentro ». En clair : acheter à bas prix un bien avec son locataire à l’intérieur, destiné à être expulsé sur ordre d’un juge qui fera respecter le sacro-saint droit de propriété privée et l’Empire de la Loi.
À première vue, rien d’extraordinaire : une expulsion de plus parmi celles qui ont constitué le visage le plus visible du cycle ouvert par la crise de 2008. Selon le CGPJ, entre 2013 et 2025, 627 421 expulsions ont été exécutées dans l’ensemble de l’État espagnol, avec une part toujours plus importante des impayés de loyer par rapport aux défauts de remboursement des prêts immobiliers, dans un pays où l’accession à la propriété a été une affaire d’État — rappelons la formule du ministre phalangiste José Luis Arrese, qui voulait « un pays de propriétaires, pas de prolétaires » — et presque une norme sociale.
Pourtant, l’expulsion de Maricarmen avait quelque chose de particulier : elle a réussi à canaliser l’exaspération latente d’une partie de la société espagnole face à l’inertie du « gouvernement le plus progressiste de l’histoire » en matière de régulation du…
Auteur: dev
