S’intéresser au fascisme, c’est sentir une correspondance avec un passé dans l’imminence d’un futur menaçant. Ce passé n’est pas simplement un ancien présent : c’est un passé contemporain de notre présent, qui le nourrit activement. Ce n’est pas un passé qui détermine notre présent, qui en serait le prélude, ou qui serait la première occurrence d’une séquence d’événements voués à se répéter tels quels. C’est un ensemble de gestes, de matérialités, d’affects, d’idées, de subjectivités qui hante notre présent : la hantise est à la fois une présence qui s’impose et un signe qui nous attire, tout en demeurant étrange, différent, hétérogène.
« À l’instar de la peste et de ses mutations, la réapparition du fascisme ne sera pas une réplique exacte de ce qui a existé autrefois mais apportera chaque fois une différence significative reflétant le moment particulier. Dépendante de son rapport axiomatique au capitalisme, la forme du fascisme, c’est-à-dire la destruction de l’autonomie subjective, reste inchangée, mais chaque nouvelle résurgence livre un nouveau contenu adapté au présent historique, comme a pu l’observer Primo Levi dans les années 1970, lorsqu’il écrivait que chaque époque devait s’attendre au retour du fascisme matérialisé sous une nouvelle forme. »
Harry Harootunian, A Fascism For our Time
« Désir d’argent, désir d’armée, de police et d’État, désir-fasciste, même le fascisme est désir. »
Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux
Apostille :
L’enjeu de ce texte est de repérer les formes latentes et tolérées de fascisme qui se situent en dessous du seuil de reconnaissance sociale. La présente étude cherchera à montrer comment nos dispositions à l’atténuation provoquées par le capitalisme d’après guerre relaient en nous l’effectivité matérielle d’un certain fascisme. Ce changement d’échelle d’analyse…
Auteur: dev

