Dans cette chronique, une professeure de philosophie expose ce qui conditionne à la fois, l’apprentissage, le déroulement des journées et l’expérience subjective de tous ceux qui, élèves, comme adultes responsables, participent à maintenir la machine Éducation Nationale en branle.
Ici, il ne s’agit pas temps de revenir une fois de plus sur les mécanismes disciplinaires et punitifs d’une institution à l’agonie, mais plutôt de mettre en lumière les cadences qu’elle impose, à la fois intenables et absurdes. Elle y décrit une course contre la montre permanente, où se contenter de tenir le rythme ne suffit plus : il est toujours trop tard.
L’urgence dérobe le présent, atrophie l’avenir, déracine le passé, dé-localise les lieux. En ce sens, elle s’apparente à un vol de temps (temps quotidien et temps de la vie), vol d’autant plus insupportable qu’il est le plus souvent parfaitement légal
Christophe Bouton, Le temps de l’urgence, Bordeaux, Le Bord de l’Eau, 2013, p. 156.
État des lieux
En tant que prof de philo, je n’ai enseigné qu’en classe de Terminale. Moins de neufs mois (de septembre à juin, en soustrayant les vacances scolaires et les jours fériés), à raison de deux heures (classes technologiques) ou de quatre heures (classes générales) par semaine, pour faire découvrir à mes élèves une nouvelle manière de penser et d’aborder les problèmes, un corpus d’auteurs inconnus et de nouveaux exercices, sur la maîtrise desquels mes élèves seraient évalué·es le jour du bac. Le programme est unanimement reconnu par les collègues de ma discipline comme trop lourd ; il est impossible de le finir. Pour pallier cette impossibilité, il faut avancer le plus possible, le plus vite possible. Dire aux élèves qu’ « on n’a pas de temps à perdre », que « le temps presse », tout en sachant pertinemment que même en allant à toute vitesse, on n’aura pas le temps de le couvrir…
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Auteur: dev

