Quand j’émis l’idée d’une démission de mon poste, mes camarades convinrent, avec une spontanéité qui me soulagea (et me vexa un peu), qu’on avait fait une mauvaise distribution de rôle. Me fut confiée alors la responsabilité du journal de section, tâche où je sus démontrer par une certaine aisance de plume que j’étais syndicalement récupérable pour la cause. Mieux : l’Humanité avait créé un réseau de correspondants de presse chargés d’écrire des articles sur les luttes sociales qu’ils vivaient. Je postulai.
C’est ainsi que je me suis retrouvé en formation avec une dizaine de bénévoles dans les locaux du journal situé alors sur les grands boulevards, rue du Faubourg-Poissonnière, non loin du Grand Rex, cinéma où des cendriers étaient encastrés dans les accoudoirs des sièges et l’écran malencontreusement placé derrière un brouillard de volutes de fumée. Je vous parle d’un temps où il était interdit d’interdire et où l’on pouvait allumer une clope sans que quelqu’un se mette ostensiblement à tousser à trois mètres de là.
Du premier jour de formation, j’ai retenu ceci : « Vous écrivez votre article. Vous le relisez et vous en supprimez un tiers. Chaque fois que possible, vous l’illustrez d’une photo. Un laboratoire de développement vous est réservé. Demain, apportez vos appareils. Un spécialiste vous donnera des conseils. »
Le lendemain, j’étais venu en cours avec une mallette en skaï noir doublée de feutrine verte. A l’intérieur, un étui de cuir rigide, insérant un Praktica MTL 3, merveille de la technologie est-allemande, flanqué de trois objectifs Pentacon : un normal (1.8/50), un grand angle (2.8/29), un zoom 2.8/135. J’avais étalé cet appareillage sur ma table. Autour de moi, des camarades essuyaient leurs objectifs à la peau de chamois avec des précautions manipulatoires que l’on n’observe habituellement que chez les maîtres verriers de Murano ou chez…
Auteur: Maxime Vivas

