« Occupez-vous d’abord de vous nourrir et de vous vêtir, alors vous échoira de lui-même le Royaume de Dieu. »
GS, I, 2, p. 694 ; Œuvres, III, p. 429. Voir « Lettre de Hegel à Knebel du 30 août 1807 », in Correspondance, I, op. cit., p. 171.
Si l’événement lycéen de la rentrée 2026 s’accompagne de demandes matérielles, concrètes, voire essentielles (des chaises, des profs, des plafonds, du PQ, du chaud, du frais, moins d’heures et l’abrogation de la sélection néomanagériale de Parcoursup), il s’en dégage aussi, finement, toute une nouveauté de gestes vitaux et une métaphysique de notre situation historique collective. Les chevaliers médiévaux avaient leurs bardes et leurs aèdes pour écrire la chronique de leurs hauts faits ; les lycéens font de chacun de leurs gestes un mème, une version manga animée, dont on pourrait dire qu’ils farment à leur manière des points d’aura, renversent le cringe de leur existence asservie au stress massif de « Parcourspute », et convertissent la subversion de la répression en univers de GTA. Ce ne sont pas des chevaliers, ce sont des Avengers, leurs manifestations sont des blockbusters urbains, et leurs convergences des luttes, des crossovers de superhéros. Devant les blocus, on croise Spiderman, Batman ou Deadpool. Pour eux, la question éminente est celle de la Justice, non celle de la Loi. Ils ne cherchent pas le Graal, mais le One piece – dont le drapeau noir de pirate au chapeau de paille flotte sur toutes leurs assemblées et est devenu l’étendard de la GenZ. Ces blocus, c’est leur acte de naissance, leurs états généraux, leur prise de la Bastille. Ils savent que l’horizon est morne et loin de soixante-huit, ils ne veulent pas « changer la vie », mais, plus humblement, « quitter l’époque contemporaine », y mettre fin. Leur objet ce n’est pas la vie, l’existence, la libération des mœurs, non. Ils ont des désirs de fin du monde, de…
Auteur: dev
