De pie en pire

Un jour parmi d’autres, un jour comme un autre, comme beaucoup d’autres, comme tous les autres, nuages au ciel, gris ourlés de lumière, en troupeau, température moyenne, ni été, ni hiver, rien sur la tête, ni bonnet, ni casquette, bref, une fin d’après-midi pleine de moutons et une balade à mille autres pareille, même rue, ou la parallèle, plus éloignée, plus proche, même trajet vers le rivage de l’océan, fait et refait, à refaire sans cesse, dans un sens, dans un autre, aller et retour encore, hier, demain .Un jour de rien, en somme, ou presque, qu’on oublierait… Mais soudain, un cri étrange, déchirant, un cri qui s’étrangle sous les nuages.

On lève les yeux, on a beau connaître le trajet mille fois refait, on scrute le ciel à la recherche de l’origine du cri qui se répète et que d’autres cris virulents viennent entourer, un, cinq , dix, beaucoup, des cris affolés, lanceurs d’alerte. Des pies par dizaines, des pies tournent alentour d’un toit où s’agite une des leurs, la tête prise entre le métal de la gouttière et les tuiles du toit d’une maison ordinaire. Son cri s’étouffe. Elle tire, bat des ailes, appuie sur ses pattes. En vain. Nassée. Autour d’elle, au-dessus d’elle, dans tout le ciel, des pies tournoient, approchent, reculent, reviennent. Vite, les secours ! Médics ! médics ! sous les lacrymos, un jour banal de République/ Nation, un jour comme un autre, où des oiseaux noirs casqués traînent au sol un corps qui geint, médics, médics, et que s’activent les silhouettes blanches des secours dans le gaz gris des lacrymos. Autour de la prisonnière, les pies s’acharnent, vont, viennent, foncent, piquent, tirent sur les plumes de leur congénère dont la plainte s’ étouffe. On l’encourage, on la conseille. Rien n’y fait. Nuages au-dessus, nuages partout, l’animal suffoque. Médics, médics ! Dans l’opacité grise des lacrymos, entre République et Nation, on tente de reprendre haleine, on se penche, on cherche…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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