De quelle société rêvent les électeurs lepénistes ?


Michel Feher, philosophe partageant son temps entre la France et les États-Unis, fondateur des très réputées éditions de sciences sociales Zone Books (New York), est également à l’origine de l’association Cette France-là, spécialisée dans l’analyse – voire la dénonciation – des politiques migratoires hexagonales, sur lesquelles il a écrit plusieurs livres. Il a aussi publié en 2017 un ouvrage remarqué sur le néolibéralisme financier et la nouvelle question sociale, Le Temps des investis (La Découverte, lire ici son entretien).




Producteurs et parasites. L’imaginaire si désirable du Rassemblement national, Michel Feher, La Découverte, 270 pages, 16 euros.

Sans doute l’hypothèse d’un égarement – précipité par les bouleversements de l’après-guerre froide et encouragé par un milieu politico-médiatique irresponsable – peut-elle apparaître comme un remède au découragement. Reste que traiter le vote RN d’exutoire malencontreux à un sentiment d’abandon revient à faire l’impasse sur son attractivité. Il n’est assurément pas question de nier que l’essor de l’extrême droite est étroitement corrélé aux transformations du travail, à la libre circulation du capital ou à la propagation de discours anxiogènes dans l’espace public.

Pour autant, on ne peut comprendre ce qui amène tant d’électeurs et d’électrices à se reconnaître dans le portrait que l’ex-Front national dresse de leur condition sans s’interroger sur les ressorts internes de son succès. Plutôt que de se borner à évoquer la détresse que ce parti exploite, rendre compte de la fidélité dont il bénéficie suppose de s’intéresser aux satisfactions dont il est le vecteur – soit à l’intelligibilité qu’il procure et aux…

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